dimanche 10 mai 2009

A l'homme qui a volé mon appareil photo...

J'ai décidé de reprendre un peu le contage de mes aventures sur ce blog. Si ce n'est pour que vous les lisiez, cela me permet de compiler mes souvenirs. Depuis que je me suis fait volé mon appareil photo quelques jours après mon arrivée à Beijing en mars, j'ai décidé de ne pas en racheter et de ne pas me lamenter de ne pouvoir capturer des instants dans une boîtes. Certes je n'ai plus de support pour entretenir mon souvenir et me permettre d'animer une nostalgie de moments virtuellement figés, mais je peux pleinement profiter de ce que je vois, de ce que je vis. Sans penser au fait que cela ferait une belle photo. Sans me focaliser à rechercher l'angle idéal de prise de vue. Je me suis laissé remplir par les sensations que les endroits me donnaient. Les vraies sensations. Pas celles qu'on se doit de ressentir parce que l'histoire à ériger une sensation de monopole pour certains endroits. Je me suis laissé irrité par l'excitation et le désintérêt des groupes massifs de touristes chinois se déversant sans la porte de la paix céleste courir dans la cité dite interdite avec le temps pour quatre photos dont trois portraits figés et non souriants devant un mur rouge et un toit jaune. Je me suis laissé impressionné par cet empressement dans un endroit qui n'est ouvert qu'à la foule que depuis cent ans et qui a vécu toute sa vie dans la sérénité imposante et austère du pouvoir d'un des empires des plus imposant au monde. Ces murs ont jeté le pouvoir sur la ville et le pays pendant des siècles. Et quelques drapeaux rouges et un portrait qui vous fixe en plus permettent à ce pouvoir mythique de continuer à nous écraser. Mon appareil n'aurait pas pu capter ça. Peut-être que les images disparaîtront de ma tête une fois ma sénilité précoce bien installée, mais je voudrai toujours parler du fait que les endroits de pouvoir m'ont beaucoup plus intéressé, fait frissonné, écrasé, épaté et passionné que les cloaques de la vie privée des empereurs jaunes.


Je remercie l'homme qui m'a volé mon appareil photo pour les visages que j'oublierai, les sourires qui s'effaceront de ma mémoire et les moments de fêtes qui resteront éternellement dans la brumes du baijiu. Je remercie cet homme car je ne pourrai me raccrocher à un soupir souriant quand je serai loin de la Chine et que je voudrai regarder des photos par désespoir de ne pouvoir envoyer un sms bête et ridicule disant combien ces chinoiseries me manquent. Je remercie la disparition des preuves de mes émerveillement pour la vie quotidienne et pour la bienheureux-attitude à la chinoise.


Je ne pourrai que vous parler des fleurs de magnolias dans les jardins de Suzhou, du labyrinthe de pierres construit pour méditer ou rendre fou. Je ne pourrai que vous parler du palais d'été et de l'oisiveté. Je ne pourrai que vous parler de l'odeur de l'encens au pied d'un Bouddha géant le long d'un périphérique encombré. Je ne pourrai que vous parler de l'allée olympique ou des lacs qui clapotent au centre de la ville séculaire. Je ne pourrai que vous parler de la tentaculaire expansion du dragon pékinois. Je ne pourrai que vous parler des quartiers d'artistes investissant des anciennes usines d'armement. Je ne pourrai que vous parler de la tête qui dormait à côté de moi quand mon appareil photo à disparu...

Aucun commentaire: